La décadence

                   Un cultivateur criait famine, les mauvaises saisons ne lui avaient laissé que du semis de ses deux greniers. Ses nuits  d’alors ne différaient en rien de ses jours, de longs instants de solitude, pleins de frustrations. Il lui semblait n’avoir jamais connu personne de par le passé à l’exception du vieux Sambo. Cet extraordinaire éleveur ; depuis toujours ne manquait de lui offrir une gourde de lait, à chaque fois que ses vaches lui en donnaient assez.
              La saison revint, le cultivateur arrangea sa daba, prépara ses semis s’avisant : je passerai vagabond le temps de trouver une nouvelle affaire ; si elle trahit à nouveau.
Elle vint fort heureusement à point, il sema à temps et veilla au grain. La chance fut sans doute aussi de son bord ; car il fit cette fois-ci l’une des meilleures récoltes qui soient.
Les dettes résorbées, le cultivateur assura ses arrières par quelques acquisitions. Diverses boissons accompagnaient maintenant ses mets, et ceux de ses multiples convives. Car il se fit bon nombre d’amis ; certains des marchands de passage, d’autres des amis du grand oncle de sa femme ; il avait même trouvé des cousins plus ou moins éloignés parmi eux, au fil de récits autant animés qu’arrosés.
Le vieux Sambo dû dans ces circonstances, s’en retourner maintes fois avec son lait ; son ami étant, ou absent ou trop occupé.
Le village fut cependant frappé par une sévère épidémie. Le cultivateur dû sacrifier ses biens pour sauver deux de ses enfants atteints.
Les rares amis restés accessibles justifièrent leur incapacité à secourir par la violence de l’épidémie qui n’épargnait personne ; forcement une malédiction. On lui aurait seulement retourné ses propres largesses qu’il se tirerait d’affaire pensait le cultivateur.
Un matin, réalisant sa complète indigence alors que son benjamin lui réclamait le petit déjeuner ; il se dirigea vers la sortie,  bien plus pour disparaître que pour lui rapporter quoique ce soit ; et eut l’ultime bonheur de tomber sur Sambo qui lui apportait sa gourde de lait.
-le bien du mal est de révéler le bien ; le mal du bien est de dissimuler le mal

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