L’ingratitude
Son
troisième lièvre de la journée et il n’avait eu besoin d’utiliser son fusil que
pour les perdrix ; qu’il n’avait d’ailleurs pas dû aller fouiller dans les
herbes pour ramasser.
Décidément,
ce chien là était le meilleur qu’il ait eu ; belle lurette qu’il lui
arrangeait bien de choses de par sa dextérité. Il ne retournait jamais
bredouille, mieux encore il pouvait se permettre des largesses.
Le
climat dans son foyer était apaisé par cette forme d’autosuffisance ; sa
femme s’était offert trois chatons qu’elle “maternait“ et que lui trouvait un
peu flegmes ; les enfants chérissaient un faucon qu’ils gavaient à
l’occasion des multiples festins de grillades organisés avec les gamins des
cours voisines qui accouraient.lui même était assez proche de devenir gendre du
chef ; tant ses victuailles foisonnaient, dans sa cours.
Il
s’apprêtait là à sortir quand il entendit couiner son chien ; on lui apprit
pour sa quiétude qu’on l’avait juste empêché de plonger la gueule dans le plat
du cadet. Il l’interpella et ils prirent congé pour l’aventure.
Ils
ne furent guerre long à dénicher la première proie de la journée ; un
lièvre dodu, sur laquelle bondit le chien comme à son habitude. Le chasseur
l’observa avec le même plaisir, puis il lui sembla que son chien perdait du
terrain. Sa surprise, soudain se transforma en un cauchemar quand il vit le
chien rater une esquive du lièvre et s’écraser contre un arbre, hurlant à mort.
Le lièvre disparût ; le chien demeura inerte à son approche.
S’en
étant rassuré qu’il respirait il tenta en vain de le réanimer ; puis
entreprit de le ramener. C’est alors qu’il s’aperçut de l’extrême maigreur de
son animal apparemment robuste et aux mouvements vifs ; un sac d’os. Il le
revit, maltraité dans la matinée pour de la bouffe ; ce brave chien ne
pouvait être qu’affamé dans une cours de bombance, dont il était à l’origine.
Malheur
se dit-il en le transportant ; pourvu qu’il se réveille, je le nourrirai
moi-même ; je lui réserverai une cuisse du gibier sinon même un gibier
entier du lot.
Car il avait
arrosé les fleurs avec l’eau des racines et ne lui était resté que des branches
sèches.

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