La Stupeur

Tinto, Amhro et Guissou depuis belle lurette officient comme passeurs sur un lac, sur lequel la raréfaction des clients ne manquait souvent de porter l’un contre l’autre.
Ce soir, Amhro avait étrangement arrêté plutôt, comme l’attestait sa pirogue déjà amarrée ; alors que le soleil encore permettait deux allers retours.
Une aubaine pour Guissou et lui Tinto toujours en activité ; cela leur fera plus d’argent  dans  le compte de chacun, pour la suite. Rêvant ainsi des largesses qu’il pourrait se permettre, Tinto se préparait à accueillir la dernière vague des passagers.

Il  évalua hâtivement  la moitié du groupe qui se manifesta au bout du sentier qui menait à la ville, puis satisfait, se retourna pour d’un coup de pied faire plus de place dans sa pirogue, en y dégageant le vieux filet de pêche qui y trainait, pour quelques rares occasions. Puis le sourire aux lèvres, il  attendit.
Mais alors que le groupe se rapprochait, il sursauta en entendant un bruit de pas derrière lui. Se retournant il tomba nez à nez avec Guissou .Ce dernier avait quitté sa place et sa barque, et à grandes enjambées se dirigeait vers le groupe en l’ignorant lui, complètement.
Pendant qu’il s’interrogeait sur la raison d’un tel acte, il vit Guissou atteindre le groupe, lui tenir conversation, et refaire le chemin inverse vers sa barque, avec cette fois-ci la quasi-totalité des passagers à sa suite. Ceux-ci eurent le temps d’embarquer dans la frêle pirogue qui promettait de sombrer, avant qu’il ne réalise l’expédient.
Guissou s’était accaparé du marché par une offre inimaginable.

Que n’avait-on besoin de brigander quand abondait la ressource ?
A moins qu’il ne faille acquérir que par confiscation ! pensa Tinto.
 

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